La créativité, nourrir son regard au quotidien

Est-on créatif par nature ?

C’est la question qui m’a guidée pour écrire cet article.

Dans mon quotidien de photographe et de créatrice culinaire, la créativité occupe une place centrale.
Elle intervient dans la création d’une recette, dans la construction d’une image, dans le choix d’une matière, mais aussi dans la manière de répondre aux contraintes de mes clients et de résoudre leurs problématiques.

Pourtant, je ne pense pas que la créativité soit un don figé. Selon moi, c’est une compétence que se développe et se nourrit au quotidien.

Avec le temps, j’ai appris à l’entretenir en observant davantage, en expérimentant en cuisine, en sortant de mon domaine, mais aussi en laissant place parfois au vide pour laisser place à mon imaginaire.

Dans cet article, je voulais revenir sur ce processus : comment la créativité se manifeste au Studio Lumaca, où je vais puiser de nouvelles idées et quelles habitudes m’aident à développer cette formidable compétence.

Peut-on définir “la créativité” ?

La créativité est un concept dont la définition peut varier selon les personnes, les situations ou les domaines dans laquelle elle s’exprime.

On la définit souvent comme la capacité d’une personne à produire des idées originales et pertinentes dans un contexte donné, pour répondre à un besoin, résoudre un problème ou imaginer quelque chose de nouveau.

Cette définition faire ressortir plusieurs notions pertinentes. D’abord, une capacité : quelque chose qui peut donc évoluer, se développer et s’exercer.

Ensuite, la faculté de produire des idées, d’imaginer quelque chose qui n’existe pas encore ou de créer de nouveaux liens entre des éléments déjà connus.

Enfin, le contexte. La créativité ne naît pas nécessairement d’une page complètement blanche. Elle peut aussi apparaître à l’intérieur d’un cadre, d’une contrainte ou d’un problème à résoudre.

On associe souvent la créativité aux arts, mais elle s’exprime aussi dans le quotidien : improviser un repas, réorganiser un espace, trouver une solution à un problème professionnel.

Toutes ces situations font déjà appel à notre capacité à inventer.

Enfants, nous le faisions avec une facilité déconcertante. Un morceau de bois pouvait devenir une épée, un drap une cabane, une histoire pouvait surgir de presque rien.

Puis, en grandissant, nous avons tendance à chercher davantage la bonne réponse, la bonne méthode, la bonne référence. Développer sa créativité consiste peut-être aussi à retrouver une partie de cette liberté.

La créativité dans le quotidien d’une photographe et créatrice culinaire

Dans mon métier, la créativité ne correspond pas seulement au moment où une « bonne idée » apparaît.

Elle intervient en permanence, souvent dans des étapes invisibles du résultat final.

  • Imaginer une recette

Le point de départ d’une recette peut être un ingrédient, une saison, une envie ou le brief donné par une marque.
À partir de ce premier élément, viennent les questions et les associations.

Qu’est-ce qui pourrait fonctionner avec cet ingrédient ? Quelle texture manque dans l’assiette ? Est-ce qu’il faut de l’acidité, du croquant, quelque chose de plus rond ou de plus amer ?

Une idée entraîne une recette, puis un premier test.

Souvent, ce premier essai n’est pas le bon. On goûte, on réajuste, on améliore, pour arriver à la bonne version.

La créativité se trouve là, donc notre capacité à observer ce qui fonctionne, comprendre ce qui ne fonctionne pas et trouver la bonne direction, le bon ton.

Créer n’est pas seulement la capacité d’imaginer, c’est aussi tester et recommencer.

  • Construire une image

Le processus est tout aussi similaire en photographie. Avant de prendre en main mon appareil une grande partie du travail consiste à imaginer l’univers autour du produit ou du plat central.

Quelle ambiance raconter ? Quelle palette de couleurs utiliser ? Quelle est l’intention du client ? Veut-on une image très épurée ou à l’inverse très chargée ?

Une lumière rasante fera ressortir une texture. Un fond très sombre donnera une autre intention qu’un décor clair. Une assiette brute, une nappe froissée ou un couvert vintage peuvent chacun raconter une histoire différente.

Je passe donc beaucoup de temps à chercher des associations de couleurs, de matières et de formes avant même que l’image existe réellement.

  • Faire face à une contrainte

On aurait tendance à penser que sans liberté, la créativité est complexe. Au contraire, les contraintes peuvent parfois la provoquer.

Un produit doit rester parfaitement identifiable. La palette de couleur d’une marque doit être respectée. Un ingrédient est imposé. Une recette doit être réalisable en trente minutes. Une photographie doit fonctionner dans plusieurs formats.

Quand toutes les possibilités sont ouvertes, il peut être difficile de choisir une direction. Une contrainte oblige à chercher autrement.

Dans mon travail, créer consiste donc rarement à partir de rien. Il s’agit plutôt de prendre différents éléments, une sensation, une couleur, un ingrédient, une matière, une référence, une contrainte et de chercher comment les faire dialoguer.

Les sources de créativité, où puiser son inspiration ?

Avec l’avènement des réseaux sociaux, on peut facilement se retrouver dans une sorte de créativité de veille. On observe, on compare, on enregistre dans l’idée de refaire la même chose.

Pinterest, Instagram, ou toute autre plateforme consacrées à l’image permettent d’accéder en quelques secondes à des milliers de références.

Ce sont des ressources extraordinaires, comme ce sont aussi des pièges. On croit alors nourrir sa créativité alors qu’on nourrit tout simplement notre capacité à reproduire des codes déjà existants.

Il est important de rester alerte au travail des autres. Les références sont essentielles, mais elles ne doivent pas être notre seule source d’inspiration.

  • Utiliser ses 5 sens

Une grande partie de notre bibliothèque créative se construit par l’expérience. En cuisine, c’est particulièrement évident. Regarder des vidéos de recettes ou lire un livre permet d’apprendre beaucoup de choses, mais cela ne remplacera jamais le fait de cuisiner.

Il faut sentir, goûter, toucher. Découvrir comment un produit évolue lorsqu’il est grillé, fermenté, rôti ou mélangé à un autre.

Plus on expérimente, plus notre répertoire de goûts, de textures et d’associations s’enrichit. Et plus il devient facile d’imaginer de nouvelles combinaisons.

En photographie, c’est finalement assez proche.

On observe une lumière. On touche une matière. On regarde comment un tissu réagit lorsqu’on le froisse, comment une surface accroche la lumière ou comment deux couleurs fonctionnent lorsqu’elles sont placées côte à côte.

Tous ces petits détails viennent enrichir notre sensibilité.

  • Regarder ailleurs dans d’autres disciplines

Il est aussi primordial de ne pas chercher son inspiration uniquement dans son propre domaine.

Si je ne regardais que de la photographie culinaire, mes références finiraient probablement par toutes se ressembler. Alors j’essaie de regarder ailleurs, autour de moi, dans la nature et dans d'autres disciplines. Les sources de créativité sont partout !

Dans la rue, j’observe les façades, la forme des bâtiments, les enseignes.

Au restaurant, je regarde les associations proposées, la manière dont les éléments sont disposés dans l’assiette.

Dans un musée, j’observe la composition d’une peinture, les proportions d’une sculpture ou la palette utilisée par un artiste.

Dans un film, je regarde les décors, les costumes, la lumière, le grain de l’image ou la manière dont certaines couleurs reviennent d’une scène à l’autre.

Toutes ces observations viennent progressivement nourrir une sorte de bibliothèque visuelle et sensorielle personnelle.

Elles n'ont pas forcément d'utilité immédiate, mais certaines refont surface plus tard, au moment d'imaginer une image ou une recette.

Quelques exercices simples pour développer sa créativité

  • Remplir un carnet.

Prendre un carnet vierge et remplir régulièrement quelques pages sans objectifs particulier. Écrire une idée, faire un dessin, raconter quelque chose de vécu dans la journée.

  • S’imprégner de son environnement proche.

Partir marcher sans chercher spécialement quelque chose. Regarder les façades, les gens, la végétation, les vitrines, les couleurs. Puis, en rentrant, essayer de noter les détails dont on se souvient.

  • Tester d’autres pratiques créatives

Peinture, poterie, sérigraphie, musique, couture… Peu importe le résultat. L’intérêt est justement de pratiquer quelque chose que ne l’on maîtrise pas parfaitement pour retrouver une forme de spontanéité.

  • Lire des choses différentes

Romans, nouvelles, BD, mangas, journaux, articles en ligne.

  • Laissez de la place à l’ennui

Toutes les minutes libres n’ont pas besoin d’être remplies par un écran, un podcast ou une vidéo. Marcher sans écouteurs, attendre sans sortir immédiatement son téléphone ou simplement ne rien faire laisse parfois apparaître des idées que l’on n’aurait pas cherchées volontairement.

  • Changer d’environnement

Travailler ailleurs, visiter une exposition, découvrir une nouvelle ville, aller dans un café ou simplement emprunter une autre rue. Modifier légèrement ses habitudes suffit parfois à regarder les choses différemment.

Je retiendrais que pour nourrir sa créativité, cela consiste surtout à rester averti et disponible pour ce qui nous entoure.

Quelques références pour réveiller sa créativité

Voici quelques ressources vers lesquelles je reviens régulièrement ou que je trouve intéressantes pour aller plus loin. Je les conseille vivement.

Dans ma bibliothèque

  • Libérez la créativité qui est en vous de Julia Cameron

Un ouvrage autour du processus créatif et des habitudes permettant de renouer avec une pratique plus spontanée. J’aime notamment le principe des pages du matin, écrire plusieurs pages librement, sans chercher à produire quelque chose de beau ou d’utile.

  • Le Répertoire des saveurs de Niki Segnit

Une référence particulièrement intéressante pour la création culinaire. Le livre explore les associations entre les ingrédients et permet de sortir des combinaisons auxquelles on pense spontanément.

  • Voler comme un artiste de Austin Kleon

Très simple et concret sur la façon dont les références nourrissent la création. Une nouvelle édition arrive à l'automne 2026 !

Dans mes oreilles

  • Le podcast Creative Pep Talk d'Andy J. Pizza, épisode 359 The 3 crucial elements of a potential unlocking creative process, qui aborde les conditions qui permettent à la créativité d'exister (pratique, jeu, espace mental, activités etc.) sans nécessairement chercher un résultat exploitable.

  • Le podcast Sous le soleil de Platon, l'épisode Alain Passard - Qu'est qui nourrit la créativité ?, dans lequel Alain Passard partage ses sources d'inspiration et comment il continue à être créatif après des décennies de pratique culinaire.